Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 5.djvu/37

Cette page a été validée par deux contributeurs.


tire à peine la tête, pour jeter parfois dans la rue un regard troublé et rentrer bien vite. La garde nationale est devenue sourde ; elle n’entend plus l’appel. Les voleurs du Garde-Meuble eurent beau jeu pour faire leur opération ; le poste était resté désert, et, quoi qu’on fit, on n’avait pu y ramener personne.

Mais, si les corps de garde, les clubs et les sections étaient de moins en moins fréquentés, en revanche les lieux de plaisir l’étaient davantage. Les cafés étaient toujours pleins ; les spectacles étaient combles ! il y avait queue aux maisons de jeu, à d’autres pires encore. Ni l’impression récente des massacres, ni le drame sanglant du procès du roi, ne suffisaient pour interrompre l’affaire grave et capitale des Parisiens, le plaisir. Les royalistes, s’ils pleuraient, pleuraient le matin sans doute ; pour le soir, ils couraient comme les autres aux amusements, brillaient aux balcons des théâtres, riaient à la comédie, riaient encore plus aux pièces sérieuses de sujets patriotiques.

L’affaire du roi allait mal, mais le royalisme allait bien, c’était leur opinion. La discorde de la Convention était trop visible. La Commune gisait dans le sang de septembre et ne pouvait s’en relever. Les départements, chaque jour, étaient plus hostiles à la tyrannie de Paris. Septembre avait fait du bien. La mort du roi, si elle avait lieu, quelque fâcheuse qu’elle fût, allait faire du bien encore.

Tels étaient les raisonnements des royalistes. Beau-