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Il avait vu les Prussiens partir le 30 janvier, entrer dans le pays de Clèves. Il avait vu les Autrichiens, forts sur le haut et le bas Rhin, forts dans le Luxembourg, appeler un quatrième corps d’armée au secours de la Hollande. Une mauvaise petite rivière, la Roër, les séparait des Français. Ceux-ci, dispersés, divisés, n’ayant nulle place derrière eux, en petit nombre d’ailleurs, devaient, au premier coup, retomber sur Liège. Dans l’absence de Valence (l’homme de Dumouriez, qu’il avait emmené à Paris), il avait laissé le commandement à Miranda, sans indiquer seulement où les corps divisés se réuniraient en cas d’attaque ; il avoue lui-même son imprévoyance. Il l’avait laissé sans autre instruction que de prendre Maëstricht, qui ne pouvait, disait-il, manquer de se rendre à la troisième bombe. Miranda en jeta cinq mille. On peut croire, sans faire une conjecture trop hardie, que Dumouriez, connaissant la partialité des Girondins pour le général espagnol, n’était pas fâché, s’il y avait quelque échec à recevoir, que Miranda le reçut, qu’il fût humilié, déconsidéré, devînt impossible.

Le 1er mars, pendant que Dumouriez, en toute sécurité, s’occupe sans distraction de l’invasion de Hollande et ramasse des bateaux, le torrent des Autrichiens a débordé sur nos lignes, les hussards hongrois en tête, avec le jeune prince Charles, qui faisait ses premières armes. Du premier coup, on est obligé de se rejeter sur Liège. Tout le monde l’avait prévu, excepté le général, qui se fiait à ses