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celui de la côte maritime, celui d’Ostende et des ports, celui du grand fleuve délivré par nous ; si l’Escaut eût parlé, il eût parlé comme Danton.

Dumouriez fit obstacle à tout. Dès son arrivée à Bruxelles, quand il pouvait demander aux Belges le prix du sang versé pour eux, il les flatta lâchement, les priant de se gouverner eux-mêmes, c’est-à-dire apparemment de choisir entre la Révolution et la tyrannie.

Il maintint la Belgique en pleine désorganisation, évitant de se décider, tenant je ne sais quelle balance entre les aristocrates et les patriotes, entre l’ami et l’ennemi. Les patriotes, nombreux à l’est, à l’ouest, à Liège et sur le littoral, étaient faibles au centre. Il fallait les fortifier en acceptant le secours de nos gardes nationaux qu’on lui envoyait des départements du Nord, toute une émigration française, ardemment républicaine. Dumouriez les renvoya.

De quel œil les Girondins voyaient-ils ceci ? C’étaient eux qui gouvernaient alors dans les comités de la Convention. Ils se montrèrent scrupuleux, il faut le dire, mais singulièrement incapables. « Que faire, disaient-ils, si les Belges ne veulent pas marcher avec nous ? Ils attestent la souveraineté du peuple ; ils sont souverains comme nous… À cela que faire ? »

Que faire ? Il fallait apparemment défaire ce qu’on avait fait à Jemmapes ; il fallait que la France eût dépensé en vain et ses millions et le sang de ses enfants ; il fallait que le veto d’un million ou deux de Flamands arrêtât tout court la révolution du