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ses sacs… Le bon temps ! on avait alors tout un champ pour un sac de blé ! »

De bonne heure des associations d’acquéreurs de biens nationaux s’étaient formées, et fort honorables ; des amis achetaient ensemble. On a vu l’association projetée de Bancal et de Roland. Pour les compagnies proprement dites, la première occasion qui les forma fut, je crois, la mise en vente des églises supprimées, des couvents, commencée au printemps de 1792. Ces gros immeubles, peu susceptibles de division, peu utiles (la France alors avait peu de manufactures qui pussent les occuper), furent achetées à vil prix, on pourrait dire pour rien, par les premières bandes noires ou chambres noires, qui les démolissaient. Les bandes ne se bornaient pas à l’innocente opération d’acheter ensemble des lots indivisibles, elles étendaient leurs spéculations sur tout objet, en se liguant, machinant de toute façon, pour dominer la vente, se faire la part du lion, rançonner le sous-acquéreur.

La rapidité de l’opération, l’excessive urgence des besoins publics, le désordre inséparable d’un si grand mouvement, ne facilitaient que trop la fraude ; il était temps, grand temps, qu’une autorité clairvoyante eût l’œil aux intérêts du peuple.


Ce qui ne fait pas moins sentir, à ce moment, le besoin d’une autorité qui gouverne, c’est que la grande masse des villes, spécialement de Paris, délaisse toute action publique, semble ne vouloir