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seule personne, le général Dumouriez. Même assurance donnée par un agent de Talleyrand, qui était resté à Londres et semblait parler de la part de Pitt, tandis que Pitt le méprisait et ne daignait pas le voir.

Il y avait dans le conseil deux honnêtes gens, fort crédules, les ministres des affaires étrangères et de la justice, Tondu-Lebrun et Garat. Ils mordirent à cette amorce. Mais les trois autres ministres, le Girondin Clavières, les Jacobins Pache et Monge, virent parfaitement que tout ceci était l’œuvre de Dumouriez ; il donnait pour une ouverture des Anglais ce qu’il avait lui-même demandé, sollicité à La Haye, à Londres. Le nom seul de Talleyrand, l’un des émigrés constitutionnels, caractérisait assez la trame et le plan des associés. Dumouriez faisait croire aux puissances qu’il fallait ménager en lui le seul homme qui pût rétablir un roi en France, avec quelque semblant de constitution.

Ce beau plan fut reçu fort mal au comité diplomatique, où dominaient Brissot et la Gironde. Il confirmait ce que Brissot avait écrit déjà dès la fin de 1792, que Dumouriez était un homme très suspect, dont il fallait se défier. Brissot avait en pensée un tout autre général, honnête et incorruptible, son ami personnel et celui de Pétion ; nous en parlerons tout à l’heure (page 343). Mais comment substituer cet inconnu à Dumouriez ? Comment briser l’homme de Valmy et de Jemmapes, celui en qui seul l’armée avait confiance ? On ne pouvait y songer. Si la