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La Révolution était donc fondée, très bien fondée, et dans les intérêts et dans l’opinion, dans la ferme foi qu’avaient les masses agricoles qu’elle était durable, éternelle. Qu’il y eût en cette fondation un grand trouble extérieur, on ne pouvait pas s’en étonner. La nature ne serait pas la nature, ni la crise une crise, si mille accidents violents, mille excès, mille désordres, ne se produisaient dans un changement si rapide.

Le grand point, celui qui devait attirer le regard du législateur, c’était que le mouvement ne s’embarrassât pas, ne tournât pas contre lui-même.

Son excès était son obstacle, la passion même que les masses y portaient. La Révolution, en offrant le bien au paysan pour un si mince acompte, avait prodigieusement augmenté encore en lui son attache à l’argent. Il devenait difficile d’en tirer l’impôt. Donner un sou, au moment où ce sou, bien placé, pouvait le faire propriétaire, c’était pour lui un trop grand crève-cœur. Ce cher argent, il le choyait, le serrait, le cachait jusqu’au jour bienheureux où, la criée se faisant à la maison de ville, le petit sac apparût fièrement et sonnât sur la table, au nez des envieux.

Pour la même raison, beaucoup serraient leur blé, attendaient la cherté pour vendre et la faisaient. Les lois les plus terribles contre l’accaparement et le monopole n’avaient nulle action ; la peine de mort ne les effrayait pas ; ils aimaient mieux mourir que vendre. Une paysanne me disait : « Ô le bon temps que le temps de mon père ! Il cachait bien