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resta muet. Il spécula sur l’horreur que produirait l’événement. Les Anglais avaient bien pourtant quelque raison dans leur histoire de ne pas juger trop sévèrement les peuples qui tuaient leurs rois. Ils n’en furent pas moins indignés de la mort de Louis XVI [1].

Au moment même où la nouvelle fut reçue, Pitt signifia au ministre de France qu’il eût à sortir dans les vingt-quatre heures.

Le ministère anglais ne fit nulle difficulté d’avouer dans la Chambre des Lords le motif tout politique d’une si brusque expulsion : la crainte de la contagion révolutionnaire, la propagande jacobine que faisait l’envoyé de France.

L’aristocratie anglaise était terrifiée, elle se serrait autour de Pitt. Elle avait singulièrement hâte qu’une guerre brusque et violente isolât les deux pays, assurât à l’Angleterre le bénéfice moral de sa position insulaire. Elle aurait bien volontiers fait, à ses dépens, creuser, élargir le détroit. Elle se jeta dans les bras de l’homme qui, par la profondeur de ses haines, pouvait fonder sûrement entre les deux peuples la guerre, le divorce éternel.

Pitt, né whig, devenu tory, fut fixe en une chose, la haine, — cher et précieux héritage qu’il tenait de

  1. « Quelle différence ! disaient-ils ; nous avons tué Charles Ier légalement, juridiquement. Le procès a été fait par des juges, non par la Chambre. Le roi, jusqu’à la dernière heure, a été traité honorablement. On l’a décapité, mais avec respect. » Il y a eu, il est vrai, une bien grande différence ; toutefois la France pourrait dire qu’en un point elle a traité plus favorablement son roi. Louis XVI a été longuement, prolixement défendu. Charles Ier a voulu parler, au moins après la sentence, consolation que les juges laissaient souvent au condamné, et il a été entraîné sans pouvoir dire une parole.