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Révolution. Elle influe sur les crises et n’en reçoit pas l’influence[1]. Elle va sourde et aveugle, insensible ? intrépide ? On ne sait, elle va… Elle va d’un cours invariable, d’une régularité fatale, tout droit et d’une ligne ; c’est une raideur de cataracte, irrévocablement lancée.

Acheter ou mourir. Le paysan, il l’a juré, quoi qu’il arrive, achètera. Les événements n’y font rien : on déclare la guerre, il achète ; le trône tombe, il achète ; l’ennemi vient, nulle émotion, il achète sans sourciller. La nouvelle des soixante mille Prussiens lui fait hausser les épaules ; que ferait cette petite bande pour l’expropriation d’un peuple ?

À cette époque, on avait vendu pour TROIS MILLIARDS de biens nationaux (rapports du 21 septembre et du 24 octobre). Des livres et des lois, la Révolution avait passé dans la terre, elle avait pris racine.

Solide par la masse, la vente l’était bien plus par

  1. L’année 1791, paisible en comparaison de celles qui suivirent, cette année où l’Assemblée donna tout à coup des facilités excessives aux ventes, avait été signalée par une vente énorme de 800 millions en six mois. On devait croire que la violente année 1792, toute pleine d’incidents tragiques, devait voir s’arrêter la vente. Ajoutez que cette année mit en vente des immeubles infiniment peu vendables, des églises, par exemple, qu’on n’achetait que pour démolir ; immeubles considérables qui ne pouvaient guère avoir d’acquéreurs que des compagnies, et qui avaient à attendre que les compagnies se formassent.

    Autre obstacle : au 14 août, la Législative a ordonné le partage des biens communaux. L’effet d’une telle loi agraire, si elle était exécutée, devait être d’arrêter les ventes ; on était sans doute moins impatient d’acheter, lorsque la loi donnait, lorsqu’on se voyait au moment d’être propriétaire, sans bourse délier. Donc, 1792 aura peu vendu ? Nullement. La vente continue, un peu moins rapide, il est vrai, mais toujours énorme, immense : 700 millions en sept ou huit mois.