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On sera, sans doute, étonné de notre réponse.

Non, la Montagne ne calomniait pas la Gironde.

Les Girondins, unitaires de cœur, étaient entraînés, par une fatalité de situation, dans un fédéralisme involontaire.

Les directoires de départements, les notables, les riches, tous les tièdes du parti républicain, les royalistes déguisés, tous se disaient Girondins. Leur disposition commune, infiniment dangereuse, c’était de détendre le nerf de la Révolution, de diminuer l’influence centrale, d’augmenter l’influence locale, qui était la leur. Ces hommes, en général, étaient les ennemis de l’unité.

Voilà donc les Girondins, une vingtaine d’avocats, de gens de lettres, les fondateurs de la République, les promoteurs de la grande guerre, les créateurs du bonnet de l’égalité, les forgeurs des piques, eux qui ont lancé le 10 août, lancé la France à l’ennemi, — les voilà, infortunés, reconnus, bon gré mal gré, pour les chefs des riches, les chefs des tièdes, des patriotes hypocrites, les chefs de tous ceux qui soutiennent les vieilles influences locales contre l’unité de la patrie.

Ils n’avaient qu’un moyen de s’en séparer, c’était d’affiler le fer, de l’arracher aux mains de la Montagne et de le tourner sur leurs faux amis, de voter le tribunal révolutionnaire et la Terreur… Ils ont mieux aimé périr.

Dans la situation terrible où ils restèrent, en avril, mai 1793, sous les huées des tribunes, livrés aux