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c’était celle du salut et de la vie même. Pour les êtres organiques, se diviser, c’est périr. Et plus ils sont organisés, plus l’unité est la condition absolue de leur existence. L’homme meurt, s’il est divisé ; le serpent coupé vit encore.

La France, sortie de l’âge barbare, ne pouvait plus se contenter de la fausse unité royale, qui si longtemps avait couvert une désunion réelle. Elle ne pouvait pas davantage accepter la faible unité fédérative des États-Unis et de la Suisse, qui n’est rien autre chose qu’une discorde consentie. Revenir à l’une ou à l’autre de ces formes imparfaites, c’était, ou périr ou descendre, baisser dans l’échelle des êtres, tomber au niveau des créatures inférieures qui n’ont pas besoin d’unité.

Du premier jour où la France entrevit l’idée sublime de l’unité véritable (ce but lointain du genre humain), elle fut ravie en esprit, saisie au cœur de religion. Quiconque osa, en parole, en pensée, en songe même, rappeler l’une ou l’autre des deux formes de discorde, royalisme ou fédéralisme, lui parut un sacrilège, un ennemi de l’humanité, un meurtrier de la Patrie.

Fonder cette haute unité, c’était un grave problème. Non seulement il n’était pas résolu, mais jamais auparavant il ne fut posé (du moins pour un grand empire). La Révolution, qui se moquait du temps, dans son cours précipité, surprit le monde, un matin, de cette question imprévue. Pas un n’y songeait en 1789. Tous durent y répondre