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Voici une fosse de roi au cimetière de la Madeleine. Qu’est-ce que la France criera ?

La République ? Beaucoup de Bretons demandaient : « Quelle est cette femme ? »

La Patrie ? Bien des gens, du monde des honnêtes gens, sous l’influence des habitudes de l’Ancien-Régime, souriaient à ce mot comme d’une réminiscence classique, d’une froide et vide abstraction. Pitoyable oubli de soi-même où le monde était tombé dans ces longs siècles barbares ! La grossière fiction royale leur semblait réalité ; et la Patrie, qui est nous-mêmes dans notre vie la plus vivante, leur semblait un mot abstrait !

« Il n’y a plus d’autorité, ni prêtres ni roi ! disaient ces insensés de l’Ouest : eh bien, nous nous battrons avec la Nation. » Ils ne se doutaient pas seulement que la Nation, c’étaient eux-mêmes. Ils entendaient vaguement par là le gouvernement de Paris. Le roi avait été pour eux la loi vivante. « Si veut le roi, si veut la loi », disait-on sous l’Ancien-Régime. Et maintenant ils disaient (c’est tout le sens des réponses qu’on tira des premiers qu’on prit) :

« Si meurt le roi, si meurt la loi. »

Trois causes de dissolution :

La fureur d’abord de ces paysans aveugles. Dès octobre 1792 (un mois après l’affaire de Châtillon), on vit dans le Morbihan des foules furieuses, les femmes en tête (poussées par leurs prêtres), attaquer les magistrats.

Un autre dissolvant, c’était l’indifférence, la lassi-