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défiance ; elle fut proposée par le jeune Fabre d’Eglantine.

Dictature dans les comités fortement organisés, dictature dans les missions : tel fut le remède héroïque que la Convention opposa aux dangers infinis de la situation. Elle se distingua par là entièrement de la Constituante et de la Législative, qui parlèrent beaucoup, n’agirent pas, qui laissèrent l’action au roi, c’est-à-dire à l’ennemi, et menèrent la France au bord de l’abîme par leur belle doctrine de la séparation des pouvoirs.

Le pouvoir, la Convention le prit tout entier, et elle le rendit présent sur tous les points du territoire, l’employant non seulement à la défense, mais, avant tout et surtout, au maintien de l’unité.

Les ennemis de la France regardaient et attendaient. « Elle périra », disait Pitt. — « Elle se dissoudra, disait Burke, sera démembrée, ou tout au moins tombera à l’état misérable d’une simple fédération de provinces. »

Et en cela nos ennemis jugeaient, d’après l’ancienne tradition de la France, que son unité était en son roi. Aussi prenait-on bien garde, dans la vieille monarchie, que le roi ne mourût jamais. Sur sa fosse, au moment même où il entrait dans la terre, on criait : « Vive le roi ! » Nulle interruption entre les deux règnes ; l’intervalle d’une minute aurait mis tout en péril ; il était si bien la clé de la voûte que, lui manquant un seul moment, tout semblait tomber dans l’ancien chaos.