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du monde antérieur. Que firent les Romains pour fonder leur Capitole et le douer d’éternité ? Ils mirent dans sa fondation une tète sanglante, sans doute la tête d’un roi.

Deux choses semblaient effrayantes plus qu’aucun danger extérieur, la paralysie croissante des villes, où les masses devenaient étrangères aux affaires publiques, l’agitation des campagnes, où toute propriété semblait bouleversée, dans les unes et dans les autres l’anéantissement de l’autorité publique.

La campagne, cette France dormante, qui remue tous les mille ans, faisait peur, donnait le vertige, par son agitation toute nouvelle. Le vieux foyer était brisé, le nouveau à peine fondé. L’ancien domaine déchiré, divisé au cordeau, ses clôtures arrachées ; les meubles seigneuriaux vendus, brisés, jetés par les fenêtres, fauteuils dorés, portraits d’ancêtres, faisaient le feu, cuisaient le pot. Les communaux, ce patrimoine du pauvre, longtemps envahis par le riche, étaient enfin rendus au peuple. Lui-même abusait à son tour, ne connaissait plus de limites ; tout risquait d’être communal.

Les animaux dociles font tout comme les hommes ; intelligents imitateurs, ils ont l’air de comprendre parfaitement que tout est changé ; ils vont, ils se confient aux libertés de la nature, ils font tout doucement, eux aussi, leur 1792. La démocratie animale envahissante, insatiable, franchit les clôtures, les fossés. Le bœuf broute gravement la haie seigneuriale. La chèvre, plus hardie, pousse ses recon-