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quable fermeté. Il dormit profondément la veille de l’exécution, se réveilla à cinq heures, entendit la messe à genoux. Il resta quelque temps près du poêle, ayant peine à se réchauffer. Il exprimait sa confiance dans la justice de Dieu.

Il avait promis le soir à la reine de la revoir au matin. Son confesseur obtint de lui qu’il épargnerait aux siens cette grande épreuve. À huit heures, bien affermi et muni de la bénédiction du prêtre, il sortit de son cabinet et s’avança vers la troupe qui l’attendait dans la chambre à coucher. Tous avaient le chapeau sur la tête ; il s’en aperçut, demanda le sien. Il donna à Cléry son anneau d’alliance, lui disant : « Vous remettrez ceci à ma femme et lui direz que je ne me sépare d’elle qu’avec peine. » Pour son fils, il donna un cachet où était l’écu de France, lui transmettant, en ce sceau, l’insigne principal de la royauté.

Il voulait remettre son testament à un homme de la Commune. Celui-ci, un furieux, Jacques Roux, des Gravilliers, se recula, sans rien dire. Une chose qui peint le temps, c’est que ce Roux, dans son rapport, se vante d’un mot féroce qu’il ne dit point réellement : « Je ne suis ici que pour vous mener à l’échafaud. » Un autre municipal se chargea du testament.

On lui offrit sa redingote ; il dit : « Je n’en ai pas besoin. » Il était en habit brun, culotte noire, bas blancs, gilet de molleton blanc. Il monta dans la voiture, une voiture verte. Il était au fond avec