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dernier acte fut un acte solennel de sympathie et de confiance pour ces ennemis de la loi.

On lira dans Cléry le douloureux récit de la dernière entrevue de Louis XVI et de sa famille. Si nous ne le reproduisons pas, ce n’est point que nous n’en partagions les émotions déchirantes. Hélas ! ces émotions, nous les retrouverons souvent dans la grande voie de la mort où nous met 1793, et nous ne pourrons toujours donner aux morts les plus illustres, à ceux qui ont le mieux mérité de la patrie, la consolation qu’emporta le roi : celle d’être entouré à la dernière heure de l’embrassement des objets aimés, celle d’occuper tous les cœurs, de confisquer la pitié, de faire pleurer toute la terre.

Inégalité profonde, injuste !… que la souveraine injustice, la royauté, subsiste encore dans la mort, qu’un roi soit pleuré plus qu’un homme !… Qui a raconté dans ce détail infini d’accidents pathétiques les morts admirables des héros de la Gironde et de la Montagne, ces morts où le genre humain aurait appris à mourir ? Personne. Chacun d’eux a eu un mot, et c’est tout, un mot d’injure le plus souvent. Basse ingratitude de l’espèce humaine !

Le roi entendit sa sentence, que le ministre de la justice lui fit lire au Temple, avec une remar-

    se marier. Le 27 mai 1792, nous les voyons poursuivre, pour cette cause, un prêtre du faubourg Saint-Antoine. — Leurs malheurs ne les changent point. À peine reparaissent-ils qu’ils persécutent. Ils ont fait mourir de faim, forcé au suicide, un prêtre marié, le seul homme du temps de l’Empire qui ait eu la grande invention épique, Grainville, l’auteur du Dernier homme.