Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 5.djvu/278

Cette page a été validée par deux contributeurs.


on eut peine à trouver deux officiers municipaux qui voulussent affronter cette image de pitié. Les seuls qui y consentirent furent un rude tailleur de pierres, aussi rude que ses pierres, l’autre, un jeune homme, un enfant, qui eut cette curiosité barbare ; il eut lieu de s’en repentir ; le roi lui adressa quelques mots de bonté qui lui percèrent le cœur.

Un garde national exprimait un jour bien naïvement à Cléry l’attendrissement public. C’était un homme du faubourg qui témoignait un désir extrême de voir le roi. Cléry lui obtint cette grâce. « Quoi ! Monsieur, c’est là le roi ! disait ce pauvre homme. Comme il est bon ! comme il aime ses enfants !… — Ah ! disait-il encore en se frappant la poitrine, jamais je ne pourrai croire qu’il nous ait fait tant de mal ! »

Le roi causait volontiers avec les municipaux, parlait à chacun de son état, des devoirs de chaque profession, et cela en homme instruit, judicieux. Il s’informait aussi de leur famille, de leurs enfants.

La famille, c’était le point où ces hommes, partis de si loin, l’un de Versailles et du trône, les autres de leurs ateliers ou de leurs boutiques, se trouvaient naturellement rapprochés. C’était là le côté vulnérable de Louis XVI, et c’était aussi celui où tous les cœurs se trouvèrent blessés pour lui.

Personne qui ne fût ému quand il dit, le 11 décembre : « Vous m’avez privé une heure trop tôt