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vous l’opinion, c’est-à-dire soyez grands et justes, et vous n’avez rien à craindre de la guerre. L’opinion vous vaudra des armées, si vous la mettez de votre parti. La guerre contre la liberté ne peut durer, à moins que les tyrans n’y puissent intéresser les peuples… » Puis, avec une netteté parfaite, une sorte de seconde vue, il voyait, racontait d’avance tout ce qui arriva, comment les rois exploiteraient la pitié publique et trouveraient dans l’indignation des peuples abusés une force inouïe contre la Révolution.

L’esprit répondit au bon sens, Barère à Thomas Payne. Il fut adroit, subtil, ingénieux. Il résuma habilement toutes les raisons contre le sursis, comme il avait déjà tout résumé contre l’appel au peuple. S’il attesta l’humanité, ce ne fut point avec la gaucherie odieuse des Montagnards. Il demanda à ceux qui voulaient garder Louis comme otage responsable, s’il ne serait pas horrible, inhumain, de tenir ainsi un homme sous un glaive suspendu. Puis, détournant un moment les yeux de ce triste sujet, il parla à la Convention des réformes philanthropiques qu’une fois libre elle ferait à l’aise ; il lui ouvrit un horizon immense dans la carrière du bien public. L’Assemblée fut comme enlevée de ce brillant air de bravoure, elle sembla avoir hâte de partir pour cette terre promise. Le roi était le seul obstacle, elle passa par-dessus. Il n’y eut qu’environ trois cents voix pour le sursis, et contre près de quatre cents. Louis XVI fut tué cette fois, décidément tué.