Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 5.djvu/256

Cette page a été validée par deux contributeurs.


le principe de l’autorité, le principe qui eût rétabli le roi. Elle en déduisait l’échafaud ; on pouvait en déduire le trône.

Il faut ignorer singulièrement les choses de ce temps-là, l’intérieur des hommes d’alors, pour croire que la haine de Louis XVI ait été plus faible dans la Gironde que dans la Montagne. Les royalistes, mieux éclairés là-dessus, vous diront bien le contraire. La Montagne n’avait point approché de Louis XVI ; elle n’avait pas touché, manqué le pouvoir. Elle était plus furieuse, mais non plus hostile. La cour et la Gironde se connaissaient bien et se haïssaient, non d’une haine générale et vague, mais éclairée, réfléchie. Les Montagnards poursuivaient le roi à l’aveugle, comme je ne sais quel monstre inconnu. Les Girondins le haïssaient personnellement et comme homme. La peine capitale du roi eût été pour plusieurs d’entre eux une vengeance personnelle [1]. C’est sans doute, après le respect du principe, la raison même qui les décida à épargner sa tête. Il était leur ennemi.

Madame Roland avait pour Louis XVI une antipathie naturelle, instinctive. Ce caractère faible et faux répugnait à son âme forte plus que n’eût fait un caractère méchant.

L’élève de Sparte et de Rome, nourrie de Plutarque, avait pour l’élève des Jésuites horreur et dégoût.

  1. Saint-Just et Fabre d’Églantine n’en sont pas disconvenus. Il leur est échappé ce remarquable aveu, qu’en réalité le côté droit eût plutôt penché pour la mort.