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des Anglais, se transfigure en la Pucelle. Elle s’obscurcit de nouveau dans les guerres de religion au seizième siècle ; il y a des catholiques, des protestants ; y a-t-il encore des Français ?… Oui, le brouillard se dissipe, il y a, il y aura une France, la nationalité se fixe avec une incomparable force ; la nation, ce n’est plus une collection d’êtres divers ; c’est un être organisé ; bien plus, une personne morale ; un mystère admirable éclate : la grande âme de la France.

La personne est chose sainte. À mesure qu’une nation prend le caractère d’une personne et devient une âme, son inviolabilité augmente en proportion. Le crime de violer la personnalité nationale devient le plus grand des crimes.

C’est ce que ne comprirent jamais les princes, ni les grands seigneurs, alliés, comme les rois, aux familles étrangères ; ils ne connurent point d’étranger. On sait avec quelle légèreté les Nemours, les Bourbons, les Guises et les Condé, les Biron, les Montmorency, les Turenne, amenèrent l’ennemi en France. Les leçons les plus sévères ne pouvaient leur faire comprendre le droit. Louis XI y travailla, Richelieu y travailla ; et l’histoire, docile esclave des seigneurs qui la payaient, a maltraité la mémoire de ces rudes précepteurs de l’aristocratie… Et, sans eux pourtant, comment auriez-vous compris ce que sentait tout le peuple, comment seriez-vous devenus des sujets et des Français, grosses dures têtes féodales ?