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de Vergniaud et de Roland… — La Gironde savait tout cela. Et c’est pour cela, ce semble, qu’elle défendit Louis XVI. Il était chevaleresque, fou peut-être, mais héroïque, de se faire égorger par l’émeute pour sauver le roi, quand on savait parfaitement que la rentrée des royalistes, si elle avait lieu jamais, serait inaugurée par la mort des Girondins. Le salut de Louis XVI (dont les émigrés se souciaient si peu au fond) n’eût certes point expié auprès d’eux le crime d’avoir préparé et fondé la République.

Cette défense de la vie du roi par la République elle-même peut paraître absurde, mais elle est sublime. N’oublions pas que la Gironde la fit entre deux échafauds. Que les royalistes ou les Jacobins vainquissent, elle avait chance de périr.

Et, d’autre part, la Montagne n’en fut pas moins admirable d’audace et de grandeur. C’était pour elle un point de foi de ne pouvoir fonder la République qu’en frappant les lois de terreur, qu’en constatant par un procès, mené à sa fin dernière, qu’un roi était responsable tout autant qu’un homme, en montrant aux peuples que le prestige était vain, qu’une tête de roi ne tenait pas plus qu’une autre, que la mort de ce dieu vivant se passerait sans miracle, sans éclair et sans tonnerre. Elle croyait enfin, non sans vraisemblance, que l’homme est corps autant qu’esprit, et qu’on ne serait jamais sûr de la mort de la royauté, tant qu’on ne l’aurait pas touchée, palpée et maniée dans le corps mort de Louis XVI et dans sa tête coupée… — Alors seu-