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sous la veste du peuple, sous la livrée des faubourgs, venaient écouter ces débats, tous militaires et duellistes ; qui, pour un oui, pour un non, autrefois versaient le sang. N’était-il pas vraisemblable qu’ils ne pourraient jusqu’au bout endurer une telle épreuve, qu’un jour, au dernier paroxysme de fanatisme et de fureur, il s’en trouverait quelqu’un pour frapper un coup ?

Et c’est aussi, justement, à cause du péril, à cause du grand courage qui, des deux parts, était nécessaire, c’est, dis-je, pour cela même que les partis poussèrent à l’extrême l’opinion qui pouvait leur coûter la vie.

Les Girondins n’ignoraient pas que leurs noms étaient les premiers écrits sur la liste des proscriptions de Coblentz. Si La Fayette, le défenseur obstiné du roi, après le sang versé au Champ de Mars, n’en avait pas moins été enterré par l’Autriche aux cachots d’Olmütz, que devait attendre Brissot, l’auteur du premier acte de la République, le rédacteur de la pétition sur laquelle tira La Fayette ? Que devaient craindre ceux qui créèrent le bonnet rouge et le firent mettre, au 20 juin, sur la tête de Louis XVI ?… L’homme qui, le 20 juin, enfonça la porte de l’appartement du roi, le sapeur Rocher, que nous voyons geôlier au Temple, était l’homme de la Gironde… Si l’émigration eut soif du sang patriote, ce fut du sang des Girondins. Les émigrés, dans leurs furieux pamphlets, savourent d’avance la mort de Brissot, se baignent, en esprit, dans le sang