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La colère publique s’alanguit en octobre, nous l’avons dit, et l’on put douter alors si la nation voulait expressément le procès du roi ; mais ce changement d’esprit n’altérait en rien le caractère du pouvoir que la Convention tenait de l’élection de septembre.

Si elle se constituait juge, on croyait encore la tenir par un dilemme qu’on ne manquera jamais de présenter en cas semblable, et dont l’effet serait d’assurer à ceux qui ont le privilège absurde la toute-puissance un second plus absurde encore, celui de l’impeccabilité : « Est-il roi ? Est-il citoyen ?… S’il est roi, il est inviolable, au-dessus du jugement. S’il est citoyen, il faut le juger d’un jugement de citoyen », c’est-à-dire mettre au jugement les lenteurs, les réserves, les formes compliquées qui feront traîner l’affaire, donneront lieu à d’autres circonstances politiques, détourneront, amortiront le coup. Dans le premier cas, le jugement est illégitime, impossible ; dans le second, il est entravé, éludé, non moins impossible. Des deux façons le roi échappe ; eût-il exterminé un peuple, il est impeccable, il échappe, se moque du peuple.

Quel que dût être le jugement, il le fallait prompt. On ne traîne pas impunément une situation pareille. Il fallait bien regarder si les preuves étaient suffisantes, puis juger, sans perdre une heure. Cette question brûlante n’agitait que trop le peuple. De glace pour les questions générales, il était de feu pour la tragédie individuelle. Sans