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(c’est notre pensée) un être assez imprudent, assez imbécile, pour accepter cette chance effroyable. Les royalistes obstinés qui voudront absolument que les trônes soient remplis seront forcés de faire la presse, d’enlever au coin des rues, le soir, quelque pauvre diable pour être la victime humaine qu’on appelle roi, pour parader quelques jours entre des singes à genoux, et ensuite épuiser l’outrage, la coupe d’enfer… Ce n’est jamais modérément que l’on expie le crime de contrefaire Dieu… La royauté et les rois deviendront un paradoxe, et la critique à venir niera qu’ils aient existé.

Le peuple doit juger le roi, et il n’y a pas d’autre juge. Maintenant la Convention représentait-elle le peuple ? Il est difficile de le contester ; mais le représentait-elle expressément dans son pouvoir judiciaire ? Pour répondre à la question, il faut se rappeler le moment où elle fut élue.

Elle le fut au moment où l’impression du 10 août était tout entière, le sang versé non refroidi, au moment où l’on voyait venir l’invasion étrangère, que personne ne doutait être amenée par le roi. Le roi venait d’être mis au Temple, non comme otage seulement, mais comme responsable envers la nation et visiblement coupable. Les électeurs devaient sentir, en nommant les représentants, qu’ils nommaient des juges. Il est juste pourtant de dire que, dans quelques départements, Seine-et-Marne par exemple, on ne crut pas nommer des juges ; on pensait à un haut jury.