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de la croisade sociale qu’il proclamait sur le globe, il eût anéanti les rois.

La défense de Louis XVI, présentée le 26 décembre par son avocat, est une apologie complète, où tous les actes du roi sont défendus avec une hardiesse extraordinaire. Elle indique dans le roi une parfaite sécurité. Il savait, voyait que la Convention n’avait aucune pièce sérieuse contre lui, rien qui constatât ses rapports les plus accusables avec l’étranger. Très probablement l’avocat Desèze, Tronchet et le bon Malesherbes n’en savaient pas là-dessus plus que la Convention. De là l’assurance du premier, l’extrême effusion de cœur et la sensibilité du dernier, qui ne put parler, à force de larmes.

On s’étonne en lisant les paroles que le roi prononça après Desèze. Il protesta que sa conscience n’avait rien à lui reprocher.

Mais qu’est-ce donc alors qu’une conscience catholique ? Quelle puissance de mort faut-il reconnaître dans la direction des prêtres pour rendre la conscience muette, pour la faire devenir insensible, inerte, ou plutôt pour l’effacer ?… Quoi ! si sa conscience de roi, l’opinion qu’il avait de son droit illimité lui faisait trouver légitime l’appel aux armes étrangères, tout au moins sa conscience de chrétien pouvait-elle s’accommoder d’un long et persévérant usage du mensonge (mensonge avoué par lui dans sa déclaration du 20 juin 1791) ?

Il faut supposer, pour expliquer cette miraculeuse sécurité d’âme, cette absence de scrupules et de