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en eût eu quelque pitié, si elle eût su que cet homme infortuné était entre deux dangers et craignait sa famille même.

Elle n’ignorait pas moins les faits réels et graves qui incriminaient Louis XVI.

Pas un de ceux qui l’accusèrent à la Convention, ni Gohier. ni Valazé, ni Mailhe, ni Rulh, ni Robert Lindet, ne surent rien, n’articulèrent rien de positif. Ils déclament généralement, ils divaguent, ils cherchent dans les ténèbres, veulent l’atteindre à tâtons, et il leur échappe. Ils l’accusent de trois sortes de choses : ou de choses amnistiées (Nancy, Varennes, le Champ de Mars) par son acceptation de la constitution en septembre 1791 ; — ou de choses incertaines et difficiles à prouver (a-t-il donné de l’argent pour payer un décret ? a-t-il volontairement négligé d’organiser l’armée ? a-t-il tiré le premier au 10 août ?) ; — ou bien enfin de choses qui ne peuvent motiver l’accusation que très indirectement (ils lui reprochent, par exemple, de n’avoir eu qu’un jour de la semaine pour recevoir les lettres de France, tandis qu’il ouvrait tous les jours, à la réception même, les lettres de l’étranger).

Nous qui savons les faits maintenant et marchons dans la lumière, il nous reste un point obscur.

C’est d’expliquer comment un homme né honnête, qui crut rester honnête et jusqu’au bout se dit innocent, put mentir sur tant de points, en sûreté de conscience.

Et je ne parle même pas de ces actes passagers