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mère, il comprenait tout, sentait parfaitement la situation et montrait souvent de l’adresse, une innocente petite politique, qui surprenait dans un enfant si jeune et allait au cœur.

Quel était en réalité le traitement fait par la Commune à la famille royale ? Rigoureux certainement, plein de défiance, quelquefois de vexations. Il faut songer qu’on ne parlait que de tentatives d’enlèvement, que des rassemblements suspects étaient toujours autour du Temple, que la garde nationale, introduite chaque jour, était mêlée de royalistes. On comprend parfaitement l’inquiétude de la Commune, qui répondait d’un tel dépôt à la France.

N’oublions pas non plus que ces terribles magistrats de la Commune étaient les moins libres des hommes, qu’à chaque instant il leur fallait obéir à un bien autre tyran et le plus terrible, le caprice populaire, ému parfois au hasard d’un faux bruit, d’une délation. Sur un mot mal rapporté, peut-être entendu de travers, on courait à l’Hôtel de Ville, on enjoignait à la Commune telle mesure nouvelle pour garder le Temple. Il ne restait qu’à obéir.

Le valet de chambre, M. Hue, raconte qu’en septembre, mené, enfermé à l’Hôtel de Ville, il ne trouva dans Manuel que douceur et qu’humanité. Manuel s’absentant fut suppléé par Tallien, au grand chagrin du valet de chambre. Il voit entrer dans son cachot un jeune homme d’une physionomie douce, qui lui montre beaucoup d’intérêt, le console et lui donne espoir ; ce jeune homme était Tallien.