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une déclaration solennelle que jamais vous ne traiterez avec leur ancien tyran. S’il s’en trouvait d’assez lâches, pour traiter eux-mêmes avec la tyrannie, la France leur dira : Dès lors vous êtes mes ennemis ! Et elle les traitera comme tels. »

Ni Robespierre ni personne n’osa faire objection. On ne pouvait se dissimuler pourtant qu’un tel décret, en rendant la guerre toute révolutionnaire, sociale sous un rapport, la rendait universelle.

La France s’y déclarait tutrice des jeunes peuples, se chargeait de les soutenir dans les voies de la liberté. Elle se fiait à elle-même de leur affranchissement. Elle ne croyait pas que des esclaves, faibles d’esclavage envieilli, des mains engourdies de chaînes, des prisonniers jetés au jour, clignotant sous la lumière, fussent en état de lutter seuls contre la ruse et la force du vieux monde conjuré. Elle craignait avec raison qu’ils ne se décourageassent, ne se rejetassent, tremblants, effrayés de la vie même, dans la nuit et dans la mort. Elle disait d’une voix tonnante : « Vivez et soyez vous-mêmes ; si vous aimiez mieux rester morts, je ne le pardonnerais jamais ! »

Il n’y eut nulle objection, mais seulement une addition, fort raisonnable, proposée par la Gironde. Buzot demanda, obtint que, dans chaque pays envahi, les nobles, les membres des corporations privilégiées ne pourraient être élus aux administrations nouvelles, exclusion momentanée du reste et bornée à la première élection.