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Tels sont les trois graves objets où nous devons nous arrêter avant de couper le câble et d’entrer dans le torrent d’où nous ne remonterons pas.

Tout cela avant le procès du roi ; sans cette connaissance préalable, on apprécie mal le procès lui-même. Mais nous ne suspendrons pas jusque-là l’attention du lecteur, sans doute intéressée d’avance à cette question d’humanité et de droit. Nous dirons tout d’abord, et sans délibérer, notre conviction sur la culpabilité de Louis XVI . Chose absolument indépendante de la narration du procès. Le procès était impossible en 1793 ; on n’avait nulle pièce décisive contre le roi. Le procès est faisable aujourd’hui ; nous avons en mains les pièces, des preuves irrécusables.

Louis XVI était coupable. Il suffit, pour s’en convaincre, de mettre en face, d’une part, ses allégations, d’autre part les allégations contraires, les accablants aveux qu’ont faits, surtout depuis 1815, les royalistes français et étrangers, les plus dévoués serviteurs du roi.

Hâtons-nous de dire que toutefois il avait en sa faveur de graves circonstances atténuantes. La fatalité de race, d’éducation, d’entourage, lui constituait peut-être une sorte d’ignorance invincible. Chose étrange, parmi ses nombreux mensonges (que nous allons constater), il ne se reprochait rien et se croyait innocent. Coupable plus qu’il ne pensait, du moins n’était-il pas indigne de la clémence publique. Ses velléités de réformes, son ministère