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rectement, en frappant des hommes importants, qui, sans appartenir au centre, étaient restés maîtres d’eux-mêmes, agissaient tantôt pour la droite, tantôt pour la gauche, selon leur libre opinion. Appelons-les neutres ou flottants. Je parle spécialement de deux personnages, du parleur souple et facile, Barère ; très agréable, très aimé dans l’Assemblée, et de l’homme, tout autrement important, qu’elle suivait docilement en toute affaire de finances, du redoutable Cambon. Si ces deux hommes étaient fixés à la gauche, il y avait à parier que la gent moutonnière du centre irait tout entière à gauche.

On eut bon marché de Barère. Le jour même (5 novembre), où, dans un moment de la plus heureuse audace, il avait charmé la Convention, sauvé Robespierre en le flétrissant (voir au tome précédent), il frémit de son succès, courut le soir aux Jacobins expliquer ses paroles et demander grâce. Il succédait à Collot qui louait le 2 septembre et disait que là était le credo des Jacobins. Barère dit qu’il pensait tout à fait comme Collot, qu’en effet le 2 septembre avait du bon « aux yeux de l’homme d’État ».

Barère se sentait prenable par deux endroits dangereux. D’une part, il était nommé dans les lettres de Laporte au roi, comme ayant fait espérer (en février 1792) de faire sur le domaine un rapport royaliste. D’autre part, ses liaisons avec Mme de Genlis lui avaient donné un titre dans la maison d’Orléans, celui de tuteur de la jolie Paméla, fille