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I. — Elle offre, à côté, un fait immense, qui en est indépendant et qu’on pourrait appeler le grand courant de la Révolution, courant régulier qui coule, invariable, invincible, comme les forces de la nature. C’est la conquête intérieure de la France par elle-même, la conquête de la terre par le travailleur, le plus grand changement qui ait jamais eu lieu dans la propriété depuis les lois agraires de l’Antiquité et l’invasion barbare.


II. — Ces deux mouvements ne sont pas tout encore. Sous la conquête territoriale et le drame révolutionnaire, on découvre un monde immobile, une région douteuse, où il nous faut descendre aussi, le marais, trouble et pesant, de l’indifférence publique. On l’observe surtout dans les villes, spécialement à Paris, dès la fin de 1792. Marat la déplore en décembre. Déjà les sections sont peu fréquentées, les clubs sont presque déserts. Où sont les grandes foules de 1789, les millions d’hommes qui entourèrent, en 1790, l’autel des fédérations ? On ne le sait. Le peuple, en 1793, est rentré chez lui ; avant la fin de cette année, il faudra le salarier pour qu’il retourne aux sections.


III. — Dans cette apathie croissante et pour y remédier, se refait, se recompose la redoutable machine, qui s’est relâchée dans l’année 1792, la machine du salut public en son principal ressort la société des Jacobins.