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de la Pucelle de Voltaire ; ce poème était de Saint-Just.

Cette œuvre, qui a pourtant quelque mérite, quoi qu’on ait dit, était morte en 1789, à sa première apparition, et mourut à la seconde, en 1792. La terrible célébrité qu’obtint alors le jeune auteur ne profita point à son livre. Ses amis furent, on doit le croire, plus intéressés encore que ses ennemis à l’enterrer, le faire oublier.

Saint-Just était né dans la Nièvre, un des rudes pays de France, et qui a produit plus d’un homme de sève âpre, amère (Bèze, entre autres, le bras droit de Calvin). Son père était officier de fortune, un de ces militaires de l’Ancien-Régime, qui, par la plus grande énergie, avec une longue vie d’efforts, ayant, vingt-cinq ans, trente ans, percé le granit avec leur front, obtenaient sur leurs vieux jours la croix de Saint-Louis et finissaient par être nobles. Tout cet effort accumulé s’était résumé dans Saint-Just, l’effort et la raideur même. Il était né sérieux, âprement laborieux ; c’est tout ce qu’on voit dans ses cahiers d’écolier, qui existent encore. Celui que j’ai sous les yeux ne promettrait rien autre chose qu’un esprit exact, un peu lourd, peut-être appelé aux travaux de l’érudition. C’est une pesante histoire du fameux château de Coucy. Sa famille avait un peu de bien dans l’Aisne, à Blérancourt, près Noyon, et s’y était transportée.

Envoyé à Reims pour étudier le droit, le jeune homme ne trouva dans ces écoles, honteusement