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diront les philanthropes ? Puis vient le procès du roi, l’occasion d’appliquer ou ruiner la justice. Faut-il périr ou rester justes ?

Périr ? Songeons bien qu’il ne s’agit pas du danger individuel, non pas même seulement du danger de la patrie. Si elle craignit, cette France révolutionnaire, ce ne fut pas pour elle seule. Apôtre et dépositaire des droits communs du genre humain, portant à travers les mers, dans le plus terrible orage, l’arche sainte des lois éternelles, pouvait-elle de sang-froid, la laisser sombrer dans les flots ? Cette lumière si attendue, allumée enfin après tant de siècles, fallait-il déjà la laisser éteindre et périr avec la France d’un commun naufrage ?… Celle-ci en vérité, avait bien droit de vouloir vivre, voyant qu’en sa mort était contenue la mort de l’humanité.

Voilà qui était spécieux. Mais, ce qui était certain, c’est que le premier mot précisément de la loi nouvelle que la France voulait sauver, le premier mot, le dernier, c’était celui de justice.

Justice absolue, et droit absolu, impliquant l’humanité, c’était toute la loi nouvelle ; rien de plus et rien de moins. Justice profondément aveugle en ce qui est de l’intérêt. Justice sourde à la politique. Justice ignorante, divinement ignorante, des raisons de l’homme d’État.

Ah ! il n’y eut jamais un peuple éprouvé comme la France, ni soumis à une si terrible tentation. Jeune, inexpérimentée au début de la vie nouvelle, n’ayant pas même eu le temps d’affermir son cœur et sa