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n’a compris longtemps la politique que comme dévouement et amour.

Amour robuste, obstiné, aveugle, qui fait un mérite à son dieu de toutes ses imperfections. Ce qu’il y voit d’humain, loin de s’en choquer, il l’en remercie. Il croit qu’il en sera plus près de lui, moins fier, moins dur, plus sensible. Il sait gré à Henri IV d’aimer Gabrielle.

Cet amour de la royauté, au début de Louis XIV et de Colbert, fut idolâtrie. L’effort du roi pour faire justice égale à tous, diminuer l’odieuse inégalité de l’impôt, lui donna le cœur du peuple. Colbert biffa quarante mille prétendus nobles, les mit à la taille. Il força les bourgeois notables de rendre compte enfin des finances des villes qu’ils exploitaient à leur profit. Les nobles des provinces, qui, à la faveur du désordre, se faisaient barons féodaux, reçurent les visites formidables des envoyés du Parlement. La justice royale fut bénie pour sa rigueur. Le roi apparut terrible, dans ses Grands-Jours, comme le Jugement dernier, entre le peuple et la noblesse, le peuple à la droite, se serrant contre son juge, plein d’amour, de confiance…

« Tremblez, tyrans, ne voyez-vous pas que nous avons Dieu avec nous ? » C’est exactement le discours de ce simple peuple, qui croit avoir le roi pour lui. Il s’imagine voir déjà en lui l’ange de la Révolution, il lui tend les bras, l’invoque, plein de tendresse et d’espoir. Rien de plus touchant à lire, entre autres faits de ce genre, que le récit des Grands-Jours d’Au-