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Grands hommes qui portez ce dépôt du salut, d’un embrassement si tendre, comme une mère son enfant, prenez garde, je vous supplie, prenez bien garde à l’asile auquel vous le confiez… Craignez les idoles humaines, évitez les dieux de chair ou de bois, qui, loin de protéger les autres, ne peuvent se protéger…

Je vous vois tous, dès la fin du Moyen-âge, du treizième au seizième siècle, bâtir à l’envi, grandir ce sanctuaire du refuge : l’autel de la Royauté. Pour détrôner les idoles, vous érigez une idole… Vous lui offrez tout, l’or, l’encens, la myrrhe… À elle, la douce sagesse ; à elle, la tolérance, la Liberté, la philosophie ; à elle, la raison dernière des sociétés : le Droit.

Comment cette divinité ne grandirait-elle pas ? Les plus puissants esprits du monde, poursuivis, chassés à mort par le vieux principe implacable, travaillent à élever toujours plus haut leur asile ; ils voudraient le porter au ciel… De là une suite de légendes, de mythes, parés, amplifiés par tous les efforts du génie : au treizième siècle, le saint roi, plus prêtre que le prêtre même, le roi chevalier au seizième, le bon roi dans Henri IV, le roi-dieu, Louis XIV.