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seur poussa Balzac, qui ne pouvait pardonner à Théophile d’avoir tiré l’épée pour lui, et de l’avoir sauvé des coups de bâton.

De nos jours, j’ai pu observer dans le petit, dans le bas, dans le ruisseau de la rue, comment on travaille ecclésiastiquement la haine et l’émeute. J’ai vu, dans une ville de l’Ouest, un jeune professeur de philosophie qu’on voulait chasser de sa chaire, suivi, montré dans la rue par les femmes ameutées. Que savaient-elles des questions ? Rien que ce qu’on leur apprenait dans le confessionnal. Elles n’étaient pas moins furieuses, se mettaient toutes sur leur porte, le montraient, criaient : « Le voilà ! »

Dans une grande ville de l’Est, j’ai vu un autre spectacle, peut-être plus odieux. Un vieux pasteur protestant, presque aveugle, qui tous les jours, souvent plusieurs fois par jour, était suivi, insulté par les enfants d’une école, qui le tiraient par derrière et voulaient le faire tomber.

Voilà comme les choses commencent, par des agents innocents, contre lesquels vous ne pouvez vous défendre, des petits enfants, des femmes… Dans des temps plus favorables, dans des pays d’ignorance et d’exaltation facile, l’homme se met de la partie. Le maître qui tient à l’église, comme membre de confrérie, comme marchand, comme locataire, crie, gronde, cabale, ameute. Le compagnon, le valet, s’enivrent pour faire un mauvais coup ; l’apprenti les suit, les dépasse, frappe, sans savoir pourquoi ; l’enfant parfois assassine.