Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 1.djvu/75

Cette page a été validée par deux contributeurs.


exprès pour l’enfer !… Mais, que dis-je, l’innocent ? C’est là l’horreur du système, il n’y a plus d’innocence.

Je ne sais point, mais j’affirme hardiment, sans hésiter : Là fut l’insoluble nœud où s’arrêta l’âme humaine, où branla la patience…

L’enfant damné ! J’ai indiqué ailleurs cette plaie profonde, effroyable, du cœur maternel… Je l’ai indiquée, et puis j’ai remis le voile… Celui qui la sonderait y trouverait beaucoup plus que les affres de la mort.

C’est de là, croyez-le bien, que partit le premier soupir… De protestation ? Nullement… Et pourtant, à l’insu même du cœur d’où il s’échappa, il y avait un Mais terrible dans cet humble, dans ce bas, dans ce douloureux soupir.

Si bas, mais si déchirant !… L’homme qui l’entendit dans la nuit ne dormit plus cette nuit… ni bien d’autres… Et le matin, avant jour, il allait sur son sillon ; et alors il trouvait là bien des choses changées. Il trouvait la vallée et la plaine de labour plus basses, beaucoup plus basses, profondes comme un sépulcre ; et plus hautes, plus sombres, plus lourdes, les deux tours à l’horizon, sombre le clocher de l’église, sombre le donjon féodal… Et il commençait aussi à comprendre la voix des deux cloches. L’église sonnait : Toujours. Le donjon sonnait : Jamais… Mais en même temps une voix forte parla plus haut dans son cœur… Cette voix disait : Un jour !… Et c’était la voix de Dieu !