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à la Justice. La monarchie divine, la monarchie humaine, gouvernement pour leurs élus.

Où donc se réfugiera l’homme ? La Grâce règne seule au ciel, et la faveur ici-bas.

Pour que la Justice, deux fois proscrite et bannie, se hasarde à relever la tête, il faut une chose difficile (tant le sens humain est étouffé sous la pesanteur des maux et la pesanteur des siècles), il faut que la Justice recommence à se croire juste, qu’elle s’éveille, se souvienne d’elle-même, reprenne conscience du Droit.

Cette conscience, éveillée lentement pendant six cents ans de tentatives religieuses, elle éclate en 1789 dans le monde politique et social.

La Révolution n’est autre chose que la réaction tardive de la Justice contre le gouvernement de la faveur et la religion de la Grâce.


III


Si vous avez voyagé quelquefois dans les montagnes, vous aurez peut-être vu ce qu’une fois je rencontrai.

Parmi un entassement confus de roches amoncelées, au milieu d’un monde varié d’arbres et de verdure, se dressait un pic immense. Ce solitaire, noir et chauve, était trop visiblement le fils des profondes entrailles du globe. Nulle verdure ne l’égayait, nulle saison ne le changeait ; l’oiseau s’y