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Elle remet le coupable à celui qui brûlera, et elle ajoute encore une petite prière, comme pour intercéder… Comédie terrible, où la Justice, la fausse et cruelle Justice, prend le masque de la Grâce.

Étrange punition de l’ambition extraordinaire qui voulut plus que la Justice et la méprisa ! Cette église est restée incapable de Justice. Quand elle voit, au Moyen-âge, celle-ci qui se relève, elle voudrait s’en rapprocher. Elle essaye de dire comme elle, de prendre sa langue, elle avoue que l’homme peut quelque chose pour son salut par les œuvres de justice. Vains efforts ! Le Christianisme ne peut se réconcilier avec Papinien qu’en s’éloignant de saint Paul, en quittant sa propre base, s’inclinant hors de lui-même, au risque de perdre l’équilibre et de chavirer.

Parti de l’arbitraire, ce système doit rester dans l’arbitraire, il n’en peut sortir d’un pas[1].

Tous les mélanges bâtards par lesquels les scolastiques, et d’autres depuis, ont vainement essayé de faire un dogme raisonnable, un christianisme philosophe et juriste, ces mélanges doivent être écartés.

  1. Aujourd’hui on a désespéré de concilier les deux points de vue. On n’essaye plus de faire la paix du dogme avec la Justice. On s’y prend mieux. Tour à tour on le montre ou on le cache. Aux simples et confiantes personnes, aux femmes, aux enfants, qu’on tient dociles et courbés, on enseigne la vieille doctrine qui place un arbitraire terrible en Dieu et en l’homme de Dieu, qui livre sans défense au prêtre la tremblante créature ; cette terreur est toujours pour celle-ci la foi et la loi ; le glaive reste toujours affilé pour ces pauvres cœurs.

    Au contraire, si l’on parle aux forts, aux raisonneurs, aux politiques, on devient tout à coup facile : « Le Christianisme, après tout, est-il ailleurs qu’en l’Évangile ? La foi, la philosophie, sont-elles si loin de s’entendre ? La