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images de la Liberté, de la Loi, dans la procession civique où figuraient, avec les magistrats, les représentants, les veuves et les orphelins des morts de la Bastille, on voyait divers emblèmes, ceux des métiers utiles aux hommes, des instruments d’agriculture, des charrues, des gerbes, des branches chargées de fruits ; ceux qui les portaient étaient couronnés d’épis et de pampres verts. Mais on en voyait aussi d’autres en deuil, couronnés de cyprès ; ils portaient une table couverte d’un crêpe, et sous le crêpe, un glaive voilé, celui de la Loi… Touchante image ! la Justice, qui montrait son glaive en deuil, ne se distinguait plus de l’Humanité elle-même.

Un an après, le 10 août 1793, une fête tout autre fut célébrée, celle-ci héroïque et sombre. Mais la Loi s’était mutilée, le pouvoir législatif avait été violé, le pouvoir judiciaire, sans garantie, annulé, était serf de la violence. On n’osa plus montrer le glaive ; l’œil ne l’aurait plus supporté.

Une chose qu’il faut dire à tous, qu’il est trop facile d’établir, c’est que l’époque humaine et bienveillante de notre Révolution a pour acteur le peuple même, le peuple entier, tout le monde. Et l’époque des violences, l’époque des actes sanguinaires où plus tard le danger la pousse n’a pour acteur qu’un nombre d’hommes minime, infiniment petit.

Voilà ce que j’ai trouvé, constaté et vérifié, soit par les témoignages écrits, soit par ceux que j’ai recueillis de la bouche des vieillards.

Elle restera, la parole d’un homme du faubourg