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gardes avaient tués, pour le tuer par représailles. « J’ai donné ma parole au roi de sauver les siens. Faites respecter ma parole. » Le garde fut sauvé. La Fayette ne l’était pas. Un furieux cria : « Tuez-le. » Il ordonna de l’arrêter, et la foule obéissante le traîna en effet vers le général, en lui frappant la tête contre le pavé.

Il entre. Madame Adélaïde, tante du roi, vient l’embrasser : « C’est vous qui nous avez sauvés. » Il court au cabinet du roi. Qui croirait que l’étiquette subsistât encore ? Un grand officier l’arrête un moment et puis le laisse passer : « Monsieur, dit-il sérieusement, le roi vous accorde les grandes entrées. »

Le roi se montra au balcon. Un cri unanime s’élève : « Vive le roi ! vive le roi ! »

« Le roi à Paris ! » c’est le second cri. Tout le peuple le répète, toute l’armée fait écho.

La reine était debout, près d’une fenêtre, sa fille contre elle ; devant elle, le dauphin. L’enfant, tout en jouant avec les cheveux de sa sœur, disait : « Maman, j’ai faim ! » — Dure réaction de la nécessité !… La faim passe du peuple au roi !… Ô Providence ! Providence !… Grâce ! Celui-ci, c’est un enfant.

À ce moment, plusieurs criaient un cri formidable : « La reine ! » Le peuple voulait la voir au balcon. Elle hésite : « Quoi ! toute seule ? — Madame, ne craignez rien », dit M. de La Fayette. Elle y alla, mais non pas seule, tenant une sauvegarde admirable, d’une main sa fille, et de l’autre main son