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Mme Campan, ayant entr’ouvert la porte, y vit un garde couvert de sang qui arrêtait les furieux. Elle ferme vite au verrou cette porte et la suivante, passe un jupon à la reine, veut la mener chez le roi… Moment terrible… La porte est fermée de l’autre côté au verrou. On frappe à coups redoublés… Le roi n’était pas chez lui ; il avait pris un autre passage pour se rendre chez la reine… À ce moment, un coup de pistolet part très près, un coup de fusil. « Mes amis, mes chers amis, criait-elle, fondant en larmes, sauvez-moi et mes enfants. » On apportait le dauphin. La porte enfin s’est ouverte, elle se sauve chez le roi.

La foule frappait, frappait, pour entrer dans l’Œil-de-Bœuf. Les gardes s’y barricadaient ; ils avaient entassé des bancs, des tabourets, d’autres meubles ; le panneau d’en bas éclate… Ils n’attendent plus que la mort… Mais tout à coup le bruit cesse ; une voix douce et forte dit : « Ouvrez ! » Comme ils n’ouvraient pas, la même voix répéta : « Ouvrez donc, Messieurs les gardes du corps, nous n’avons pas oublié que les vôtres nous sauvèrent à Fontenoy, nous autres Gardes-françaises. »

C’étaient eux, Gardes-françaises et maintenant gardes nationaux, c’était le brave et généreux Hoche, alors simple sergent-major. C’était le peuple qui venait sauver la noblesse. Ils ouvrirent, se jetèrent dans les bras les uns des autres, en pleurant.

À ce moment, le roi, croyant le passage forcé et prenant les sauveurs pour les assassins, ouvrit