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écuries. Elle les autorisa, pour le cas, disait-elle, où le roi serait en danger.

La Fayette, avant d’entrer dans Versailles, fit renouveler le serment de fidélité à la loi et au roi. Il l’avertit de son arrivée, et le roi lui répondit : Qu’il le verrait avec plaisir, qu’il venait d’accepter sa Déclaration des droits.

La Fayette entra seul au château, au grand étonnement des gardes et de tout le monde. Dans l’Œil-de-Bœuf, un homme de cour dit follement : « Voilà Cromwell. » Et La Fayette très bien : « Monsieur, Cromwell ne serait pas entré seul. »

« Il avait l’air très calme, dit Mme de Staël (qui y était) ; personne ne l’a jamais vu autrement ; sa délicatesse souffrait de l’importance de son rôle. » Il fut d’autant plus respectueux qu’il semblait plus fort. La violence, au reste, qu’on lui avait faite à lui-même, le rendait plus royaliste qu’il ne l’avait jamais été.

Le roi donna à la garde nationale les postes extérieurs du château ; les gardes du corps conservèrent ceux du dedans. Le dehors même ne fut pas entièrement confié à La Fayette. Une de ses patrouilles voulant passer dans le parc, la grille lui fut refusée. Le parc était occupé par des gardes du corps et autres troupes ; jusqu’à deux heures du matin[1], elles attendaient le roi, au cas qu’il se décidât enfin à la fuite. À deux heures seulement, tranquillisé par La Fayette, on leur fit dire qu’ils pouvaient s’en aller à Rambouillet.

  1. Jusqu’à cette heure, on y songea, si l’on en croit le témoignage de M. de La Tour-du-Pin. (Mémoires de La Fayette, II.)