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les balles dans leurs habits. Leurs camarades répondent, tirent aussi. Les gardes du corps ripostent de leurs mousquetons.

D’autres gardes nationaux entraient dans la cour, entouraient d’Estaing, demandaient des munitions. Il fut lui-même étonné de leur élan, de l’audace qu’ils montraient tout seuls au milieu des troupes : « Vrais martyrs de l’enthousiasme », disait-il plus tard à la reine[1].

Un lieutenant de Versailles déclara au garde de l’artillerie que, s’il ne lui donnait de la poudre, il lui brûlerait la cervelle. Il en livra un tonneau qu’on défonça sur la place, et l’on chargea des canons qu’on braqua vis-à-vis la rampe, de manière à prendre en flanc les troupes qui couvraient encore le château et les gardes du corps qui revenaient sur la place.

Les gens de Versailles avaient montré la même fermeté de l’autre côté du château. Cinq voitures se présentaient à la grille pour sortir ; c’était la reine, disait-on, qui partait pour Trianon. Le suisse ouvre, la garde ferme. « Il y aurait danger pour Sa Majesté, dit le commandant, à s’éloigner du château. » Les voitures rentrèrent sous escorte. Il n’y avait plus de passage. Le roi était prisonnier.

Le même commandant sauva un garde du corps que la foule voulait mettre en pièces pour avoir tiré sur le peuple. Il fit si bien qu’on laissa l’homme ; on se contenta du cheval, qui fut dépecé ; on com-

  1. Voir une de ses lettres à la fin du tome III de l’Histoire des deux amis de la liberté.