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un marchand de vin, sort des rangs, le couche en joue, le tire et l’arrête net ; il avait cassé le bras qui tenait le sabre levé.

D’Estaing, le commandant de cette garde nationale, était au château, croyant toujours qu’il partait avec le roi. Lecointre, le lieutenant-colonel, restait sur la place, demandait des ordres à la municipalité, qui n’en donnait pas. Il craignait avec raison que cette foule affamée ne se mît à courir la ville, ne se nourrît elle-même. Il alla les trouver, demanda ce qu’il fallait de vivres, sollicita la municipalité, n’en tira qu’un peu de riz qui n’était rien pour tant de monde. Alors il fit chercher partout et, par sa louable diligence, soulagea un peu le peuple.

En même temps il s’adressait au régiment de Flandre, demandait aux officiers, aux soldats, s’ils tireraient. Ceux-ci étaient déjà pressés par une influence bien autrement puissante. Des femmes s’étaient jetées parmi eux et les priaient de ne pas faire de mal au peuple. L’une d’elles apparut alors, que nous reverrons souvent, qui ne semble pas avoir marché dans la boue avec les autres, mais qui vint plus tard, sans doute, et tout d’abord se jeta au travers des soldats. C’était la jolie Mlle Théroigne de Méricourt, une Liégeoise, vive et emportée, comme tant de femmes de Liège, qui firent les révolutions de quinzième siècle[1] et combattirent vaillamment contre Charles-le-Téméraire. Piquante, originale,

  1. Consulter mon Histoire de France, t. VI.