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devrait en être exclu. » L’Assemblée frémit, applaudit : « Oui, nous sommes tous citoyens. »

À l’instant on apportait une cocarde aux trois couleurs, de la part des gardes du corps. Les femmes crièrent : « Vive le roi ! Vivent MM. les gardes du corps ! » Maillard, qui se contentait plus difficilement, insista sur la nécessité de renvoyer le régiment de Flandre.

Mounier, espérant alors pouvoir les congédier, dit que l’Assemblée n’avait rien négligé pour les subsistances, le roi non plus, qu’on chercherait de nouveaux moyens, qu’ils pouvaient aller en paix. — Maillard ne bougeait, disant : « Non, cela ne suffit pas. »

Un député proposa alors d’aller représenter au roi la position malheureuse de Paris. L’Assemblée le décréta, et les femmes, se prenant vivement à cette espérance, sautaient au col des députés, embrassaient le président, quoi qu’il fit. « Mais où donc est Mirabeau ? disaient-elles encore, nous voudrions bien voir notre comte de Mirabeau ! »

Mounier, baisé, entouré, étouffé presque, se mit tristement en route avec la députation et une foule de femmes qui s’obstinaient à le suivre, « Nous étions à pied, dans la boue, dit-il ; il pleuvait à verse. Nous traversions une foule mal vêtue, bruyante, bizarrement armée. Des gardes du corps faisaient des patrouilles et passaient au grand galop. Ces gardes, voyant Mounier et les députés avec l’étrange cortège qu’on leur faisait par honneur, crurent apparemment