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des gardes du corps. Un député, qui lui-même avait servi parmi eux, demande, pour leur honneur, qu’on formule la dénonciation et que les coupables soient poursuivis. « Je dénoncerai, dit Mirabeau, et je signerai, si l’Assemblée déclare que la personne du roi est la seule inviolable. » C’était désigner la reine. L’Assemblée entière recula ; la motion fut retirée ; dans un pareil jour, elle eût provoqué un meurtre.

Mirabeau lui-même n’était pas sans inquiétude pour ses tergiversations, son discours pour le veto. Il s’approche du président et lui dit à demi voix : « Mounier, Paris marche sur nous… Croyez-moi, ne me croyez pas, quarante mille hommes marchent sur nous… Trouvez-vous mal, montez au château et donnez-leur cet avis, il n’y a pas une minute à perdre. — Paris marche ? dit sèchement Mounier (il croyait Mirabeau un des auteurs du mouvement). Eh bien tant mieux ! nous serons plus tôt en république. »

L’Assemblée décide qu’on enverra vers le roi, pour demander l’acceptation pure et simple de la Déclaration des droits. À trois heures, Target annonce qu’une foule se présente aux portes sur l’avenue de Paris.

Tout le monde savait l’événement. Le roi seul ne le savait pas. Il était parti le matin, comme à l’ordinaire, pour la chasse ; il courait les bois de Meudon. On le cherchait ; en attendant, on battait la générale ; les gardes du corps montaient à cheval, sur la place d’Armes, et s’adossaient à la grille ; le régiment de Flandre, au-dessous, à leur droite, près