Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 1.djvu/420

Cette page a été validée par deux contributeurs.


du marché d’Amiens, pauvres vendeuses de légumes, sauver le père de quatre enfants qu’on allait guillotiner ; c’était le moment du sacre de Charles X ; elles laissèrent leur commerce, leur famille, s’en allèrent à Reims, elles firent pleurer le roi, arrachèrent la grâce, et, au retour, faisant entre elles une collecte abondante, elles renvoyèrent, sauvés, comblés, le père, la femme et les enfants.

Le 5 octobre, à sept heures, elles entendirent battre la caisse et elles ne résistèrent pas. Une petite fille avait pris un tambour au corps de garde et battait la générale. C’était lundi ; les Halles furent désertées, toutes partirent : « Nous ramènerons, disaient-elles, le boulanger, la boulangère… Et nous aurons l’agrément d’entendre notre petite mère Mirabeau. »

Les Halles marchent, et, d’autre part, marchait le faubourg Saint-Antoine. Sur la route, les femmes entraînaient toutes celles qu’elles pouvaient rencontrer, menaçant celles qui ne viendraient pas de leur couper les cheveux. D’abord elles vont à la Ville. On venait d’y amener un boulanger qui, sur un pain de deux livres, donnait sept onces de moins. La lanterne était descendue. Quoique l’homme fût coupable, de son propre aveu, la garde nationale le fit échapper. Elle présenta la baïonnette aux quatre ou cinq cents femmes déjà rassemblées. D’autre part, au fond de la place, se tenait la cavalerie de la garde nationale. Les femmes ne s’étonnèrent point. Elles chargèrent la cavalerie, l’infanterie