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plement le gendre de la bouquetière de la reine.

Lecointre va droit à l’Assemblée ; il invite le comité militaire à exiger le serment des gardes du corps. D’anciens gardes qui étaient là dirent qu’on ne l’obtiendrait jamais. Le comité ne fit rien, craignant de donner lieu à quelque collision, de faire couler le sang, et ce fut justement cette prudence qui le fit couler.

Paris ressentit vivement l’outrage fait à sa cocarde ; on disait qu’elle avait été ignominieusement déchirée, foulée aux pieds. Le jour même du second repas, le samedi 3 au soir, Danton tonna aux Cordeliers. Le dimanche, on fit partout main basse sur les cocardes noires ou blanches. Des rassemblements mêlés, peuple et bourgeois, habits et vestes, eurent lieu et dans les cafés et aux portes des cafés, au Palais-Royal, au faubourg Saint-Antoine, au bout des ponts, sur les quais. Des bruits terribles circulèrent sur la guerre prochaine, sur la ligue de la reine et des princes avec les princes allemands, sur les uniformes étrangers, verts et rouges, que l’on voyait dans Paris, sur les farines de Corbeil qui ne venaient plus que de deux jours l’un, sur la disette qui ne pouvait qu’augmenter, sur l’approche d’un rude hiver… Il n’y a pas de temps à perdre, disait-on, si l’on veut prévenir la guerre et la faim ; il faut amener le roi ici, sinon ils vont l’enlever.

Personne ne sentait tout cela plus vivement que les femmes. Les souffrances, devenues extrêmes, avaient cruellement atteint la famille et le foyer. Une