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habit. » Dans la grande galerie, dans les appartements, les dames ne laissent plus circuler la cocarde tricolore ; de leurs mouchoirs, de leurs rubans, elles font des cocardes blanches, les attachent elles-mêmes. Les demoiselles s’enhardissent à recevoir le serment de ces nouveaux chevaliers et se laissent baiser la main : « Prenez-la, cette cocarde, gardez-la bien, c’est la bonne, elle seule sera triomphante. » Comment refuser de ces belles mains ce signe, ce souvenir ? Et pourtant c’est la guerre civile, c’est la mort ; demain la Vendée… Cette blondine, presque enfant, auprès des tantes du roi, sera Mme de Lescure et de La Rochejacquelein[1].

Les braves gardes nationaux de Versailles avaient grand’peine à se défendre. Un de leurs capitaines avait été, bon gré mal gré, affublé par les dames d’une énorme cocarde blanche. Le colonel marchand de toiles, Lecointre, en fut indigné : « Ces cocardes changeront, dit-il fermement, et avant huit jours, ou tout est perdu. » Il avait raison ; qui pouvait méconnaître ici la toute-puissance du signe ? Les trois couleurs, c’étaient le 14 juillet, et la victoire de Paris, c’était la Révolution même. Là-dessus, un chevalier de Saint-Louis court après Lecointre, il se déclare envers et contre tous le champion de la couleur blanche. Il le suit, l’attend, l’insulte… Ce passionné défenseur de l’Ancien-Régime n’était pourtant pas un Montmorency, c’était sim-

  1. Elle était alors à Versailles. (Voir le roman, ici véridique, que M. de Barante a publié sous son nom.)