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festation prématurée qui devait la perdre. De nouveaux gardes du corps arrivaient pour leur service du trimestre ; ceux-ci sans liaison avec Paris ou l’Assemblée, étrangers au nouvel esprit, bons royalistes de province, apportant tous les préjugés de la famille, les recommandations paternelles et maternelles de servir le roi, le roi seul. Tout ce corps des gardes, quoique quelques membres fussent amis de la liberté, n’avait pas prêté serment et portait toujours la cocarde blanche. On essaya d’entraîner par eux les officiers du régiment de Flandre, ceux de quelques autres corps. Un grand repas fut donné pour les réunir, et l’on y admit quelques officiers choisis de la garde nationale de Versailles qu’on espérait s’attacher.

Il faut savoir que la ville de France qui haïssait le plus la cour, c’était celle qui la voyait le mieux, Versailles. Tout ce qui n’était pas employé ou serviteur du château était révolutionnaire. La vue constante de ce faste, de ces équipages splendides, de ce monde hautain, méprisant, nourrissait les envies, les haines. Cette disposition des habitants leur avait fait nommer lieutenant-colonel de leur garde nationale un solide patriote, homme du reste haineux, violent, Lecointre, marchand de toiles. L’invitation faite à quelques-uns des officiers les flatta moins encore qu’elle ne mécontenta les autres.

Un repas de corps pouvait se faire dans l’Orangerie ou partout ailleurs ; le roi, chose nouvelle, accorda sa magnifique salle de théâtre, où l’on